Atelier d’échange et de réflexion stratégique les 16 et 17 Novembre à Zagreb

CONTEXTE

Dans le cadre de son programme "Renforcement du Mouvement des Femmes", destiné à permettre aux féministes d'un pays ou une région de prendre le temps de se rencontrer afin de partager leur idées et de mettre en œuvre des stratégies et des coalitions sur le long terme, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFMed) a organisé une rencontre en Croatie en novembre 2013.

Le choix d'organiser une rencontre à Zagreb avant tout autre pays des Balkans résultait des derniers développements de la situation politique en Croatie dont l'entrée de celle-ci dans l'union européenne en 2013 et la préparation d'un référendum demandant que la définition du mariage hétérosexuel soit inscrite dans la constitution avant la fin 2013.

ORGANISATION

Avec l'aide des associations pour lesquelles le FFMed a subventionné des initiatives et avec l'assistance pour la coordination d'une personne du Women Studies Center, 25 femmes de 18 associations croates œuvrant pour les droits des femmes (dont 8 en dehors de Zagreb) ont pu participé à la rencontre.

Dans ce type de rencontre, des participantes extérieures sont aussi bienvenues : autres fonds féministes, organisations de la région …. Ainsi quatre militantes venant de Tunisie, de Montenegro et de Suède qui rendaient visite aux associations invitées ont participé à ce meeting.



DÉROULEMENT

L'objectif de cet atelier était de permettre une discussion souple mais approfondie entre les asso-ciations. Les invitées extérieures pouvaient contribuer en communi-quant leurs idées ou leurs ex-périences en faisant des parallèles avec la situation de leur pays mais elles devaient rester dans le cadre des préoccupations des femmes croates.

Afin de permettre aux trois membres du FFMed et aux quatre invitées de suivre la discussion, une traduction croate/ anglais était assurée.

L'atelier était facilité par la directrice du FFMed, Caroline Brac de la Perrière dont le rôle était présenter l'organisation de l'atelier, d'assurer une prise de parole équilibrée entre les participantes et de restituer les points soulevés pour s'assurer que la contribution de chacune était prise en compte. Après une brève présentation de chacune, la discussion s'est focalisée sur les défis rencontrés par les associations de femmes dans la situation actuelle de la Croatie.
La deuxième partie de la journée consistait à définir les forces et les ressources sur lesquelles les associations pouvaient s'appuyer mais aussi à lister les faiblesses ou les obstacles qu'elles rencontraient. Les participantes se sont séparées en 4 groupes, deux travaillant sur les forces et faiblesses internes et les deux autres travaillant sur les forces et faiblesses externes.
Ce travail a continué le lendemain en petit groupe avant de reprendre une discussion générale. Après avoir dressé la liste des défis et celle des ressources disponibles, les associations ont défini la liste des priorités et les manières et moyens de les réaliser.

Les défis identifiés par les associations concernent surtout une attention vigilante dans un climat de prises de position conservatrices envers les femmes orchestrées par l'église catholique avec la complicité de l'Etat. De nombreuses participantes ont évoqué la régression de la société et ont une vision très pessimiste du futur. Toutes ont confirmé l'urgence de se renforcer, de travailler ensemble et de trouver des alliés pour résister à cette situation oppressante.

Après s'être focalisées sur leurs faiblesses plus que sur leurs forces au début de la rencontre, elles ont conclu qu'elles étaient des militantes courageuses et tenaces et que leurs actions avaient clairement contribué à augmenter la force du mouvement des femmes. Elles valorisaient aussi leur forte expérience de mise en réseau au niveau local, régional et international et leur bonne connaissance des organismes internationaux luttant pour le droit des femmes.

PRIORITÉS

Pour lutter contre les forces conservatrices de la société, les organisations de femmes ont conclu que la première étape était de renforcer leurs organisations et réseaux, en revenant aux principes de base du féminisme. Leur actions en direction des populations rurales et des jeunes femmes doivent être plus importantes en faisant appel, si nécessaire, à des ressources extérieures pour la formation. Elles ont décidé de mettre en place une méthodologie pour rapporter et organiser les données que chaque association collecte à propos de la situation des femmes en Croatie.
Les premières décisions prises sont de se donner les moyens pour renforcer leur force collective et de continuer leur réflexion stratégique comme base d'une action qu'elles décideraient de lancer pour dénoncer le soutien du Vatican.

Leurs besoins : du temps, des expert-es, de l'argent et une bonne coordination entre elles et avec leurs alliés.

CONCLUSION

Les associations de femmes croates travaillent dans un contexte très difficile : les bailleurs se retirent car la Croatie fait dorénavant partie de l'Union Européenne et le mouvement conservateur est suffisamment fort pour organiser un référendum sur les articles concernant l'égalité dans la Cons-titution.
L'urgence porte sur la mise en œuvre d'une action collective pour remettre en question l'accord actuel entre le Vatican et l'Etat croate. Le FFMed aidera les associations participantes dans cette action en les supportant par une aide financière et organisationnelle.

La rencontre a été très importante pour les participantes qui étaient contentes de pouvoir réfléchir et partager leurs visions dans une ambiance détendue. Certaines affirmaient que cette rencontre leur redonnait de l'espoir, d'autres qu'elles avaient appris comment travailler ensemble.

Cette rencontre a été un succès pour le FFMed car elle nous a permis de rencontrer directement une partie des associations de femmes croates et de mieux comprendre leur contexte et les difficultés qu'elles rencontrent.
Cela nous a confirmé la nécessité d'offrir aussi ce type de soutien aux associations de femmes : un lieu de réflexion stratégique , sur le modèle de think tank , quelque soit leur contexte , car elles n'ont jamais l'occasion de se réunir sans obligation de résultat.