Rencontre de réflexion stratégique des associations de femmes des quartiers défavorisés
de grandes villes de France, les 20 et 21 juin 2015 à Paris

CONTEXTE

Les attentats contre Charlie Hebdo ont fait prendre conscience à tous qu'il était impératif d'appuyer les acteurs positifs de la société civile, particulièrement dans ce qui est souvent nommé "les territoires abandonnés de la république".
Il se trouve que, parmi ces acteurs positifs, les femmes sont une majorité. Elles s'engagent quotidiennement pour diffuser une culture d'ouverture et d'égalité et contrebalancer autant que possible la culture de fermeture et de haine de l'autre -­‐ dont la haine des femmes -­‐ que les intégristes distillent dans ces quartiers depuis une vingtaine d'années.
Toute cette énergie, tout ce courage et cette détermination sont très peu reconnus, d’autant qu’elles se heurtent à une autre mur celui du mépris expression d’un racisme plus ou moins revendiqué. Ces femmes convaincues s'épuisent donc avec de moyens très limités, des équipes très restreintes dans un environnement très hostile.
Dès la création de son programme de subvention en 2009, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée a soutenu des associations de terrain qui œuvrent dans les quartiers d'Ile de France les plus démunis. Convaincues que leur action est indispensable pour changer la face des choses et ayant été alertées par leur isolement, nous leur avons proposé d’organiser une rencontre avec la méthode participative que nous avons utilisée jusque là avec succès.

ORGANISATION

Grâce à l’appui de Colam Initiatives, nous avons organisé un atelier de d’échange et de réflexion sur les priorités et les besoins des associations de femmes actives dans des quartiers défavorisés de grandes villes de France. Il a réuni 20 représentantes d'associations venant de Cergy, Dôle, Hauts de Seine, Gennevilliers, La Courneuve, Le Blanc-­Mesnil, Lyon, Marseille (la Castellane), Montreuil, Paris, Saint-Ouen et Saint-Denis.


DÉROULEMENT

Le programme prévu avait pour seul cadre la méthode de débat utilisée : le contenu devant être nourri par les apports de chacune des participantes. L’important, pour que les échanges puissent être développés, était que la rencontre puisse se dérouler pendant un jour et demi.
Après une courte présentation de chaque association, les participantes ont commencé par débattre des grandes questions qui se posaient à leur association, de leur analyse de la situation dans leur travail quotidien. L'objectif était d'arriver à retenir et à s’entendre sur les questions à résoudre de façon prioritaire. Elles ont ainsi défini le contexte socio-politique dans lequel elles intervenaient puis listé les défis internes et les défis externes qu'elles rencontraient. Parallèlement, elles ont fait l’état des lieux ensemble de ce qui leur semblait leurs forces, leurs faiblesses et les allié-­es sur lesquels compter. Cet état des lieux leur a permis d’affiner les stratégies qui se dessinaient à la fin de la rencontre.

Les participantes se sont séparées en 2 groupes pour identifier les priorités sur lesquelles s'entendre.

Groupe 1 :
1. Le féminisme aujourd'hui (ce qui nous rassemble) : transmission conférences divergences
2. Création d'un réseau/plate-­forme ou structure-­référence d'échanges de ressources et de savoirs entre associations féministes + recherche de ressources financières
3. Redonner la dimension politique : créer un espace de travail pour la construction commune des actions politiques

Groupe 2 :
1. Créer un réseau informel (via les outils numériques) : relais d'information et de communication sur les activités des unes et des autres
2. Interpeller et rendre publiques :
   • la précarité des structures
   • la non valorisation des actions
   • la faiblesse des financements de façon globale
3. Créer une culture commune malgré les différences entre associations
   • Redéfinir les termes : création d'une université féministe populaire
   • Repartir des prises de consciences, prendre le temps

Ces priorités ont été présentées à l'assemblée qui a alors défini celles qui étaient les plus urgentes et pour lesquelles des actions collectives réalisées par l'ensemble des associations seraient mises en place.

PRIORITÉS

Les participantes ont choisi :
  1-- de créer une culture féministe intégrant les différences en organisant des groupes de partage d’expériences et d’outils, l'objectif étant de rapprocher théorie et pratiques
  2-­‐ d'interpeller les politiques sur la précarité des associations de femmes dans un climat social très tendu en évaluant leurs actions quantitativement et qualitativement puis en valorisant le travail des associations.

CONCLUSION

L’idée de consolider le réseau encore informel des associations présentes (en intégrant d’autres absentes à la rencontre) a été évoquée à plusieurs reprises et l’organisation d’une deuxième rencontre de ce type avec l’aide du Fonds pour les femmes en Méditerranée a paru nécessaire pour réfléchir aux modalités d’organisation collective autour des priorités retenues.
L’évaluation « à chaud » de la rencontre par les participantes a été très positive : pouvoir se rencontrer alors que beaucoup d’entre elles ne se connaissaient pas, avoir le temps pour réfléchir, débattre, avec une méthode permettant des échanges sereins malgré les divergences.
Pour l’équipe du Fonds pour les Femmes en Méditerranée, c’était un moment très important pour comprendre au mieux les conditions dans lesquelles les associations travaillent dans les quartiers défavorisés en France et leurs besoins et pour en connaître enfin certaines dont nous connaissions l’existence et revoir celles dont nous soutenons déjà le travail.