Atelier d’échange et de réflexion stratégique les 26 et 27 mai 2012 à Tunis

CONTEXTE

Dans son programme intitulé « Renforcement du mouvement des femmes », le Fonds pour les Femmes en Méditerranée s’est proposé d’offrir des espaces d’échange et de réflexion stratégique aux associations de femmes ayant à faire face à des bouleversements socio-politiques soudains.

Dès mars 2011, le Fonds a proposé à des militantes pour les droits des femmes en Tunisie d’organiser pour elles une rencontre de ce type. Un an plus tard, l'évolution de la situation en Tunisie et la création de nombreuses associations de femmes ont rendu urgent la nécessité de se rencontrer, d’analyser la situation, de confronter les expériences sur le terrain et de se regrouper.

La proposition concrète du Fonds pour les Femmes en Méditerranée d'offrir un espace de réflexion stratégique aux associations de femmes en Tunisie a donc reçu un accueil enthousiaste.
Le moment était d’autant plus propice qu’en septembre 2011, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFMed) et le Fonds d’Action Urgente–Afrique (UAF-A) avaient décidé d’entamer une collaboration effective pour l'Afrique du nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie, Egypte).

Un atelier de réflexion de deux jours , rassemblant des associations de femmes, a donc été organisé à Tunis par le FFMED avec le financement et la participation d'UAF-A.

ORGANISATION DE L’ATELIER

Les participantes
Pour organiser cet atelier de réflexion stratégique à Tunis, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée s’est appuyé sur son réseau de connaissances et le capital-confiance dont il bénéficie dans la région.
Grâce à nos conseillères en Tunisie, nous avons pu inviter toutes les associations de femmes tunisiennes qui œuvrent pour les droits des femmes, soit quatorze associations. Nous avons aussi convié des femmes venant d’autres pays d’Afrique impliquées dans le travail de terrain et de consolidation du mouvement des femmes de leur pays, qui pouvaient apporter leur expérience ou savoir-faire dans la discussion, et les fonds féministes qui apportent leur aide aux associations de la région.

Le déroulement
Cet atelier étant destiné à permettre un échange approfondi entre les associations, son organisation se devait d’être très souple et en phase avec leurs besoins. Les invitées extérieures avaient pour tâche de faciliter cet échange et de l’enrichir de leurs idées et leur expérience en prenant soin de rester dans le cadre des préoccupations des tunisiennes.
Pour fluidifier la communication, une traduction arabe/français/anglais était prévue.

Caroline Brac de la Perrière, directrice du FFMed, militante de longue date au Maghreb et bien connue des associations tunisiennes les plus anciennes, avait pour rôle de présenter l’atelier, de distribuer la parole à la demande et de reformuler à l’assistance les points soulevés pour assurer que la parole de chacune soit prise en compte.

Le programme envoyé à l’avance était très simple de manière à dédier la plupart du temps à la discussion. Après une présentation brève de chaque participante, le débat était ouver sur les défis qui se posaient aux femmes et aux associations de femmes dans le contexte tunisien actuel : toutes les participantes tunisiennes ont pu prendre le temps de faire part de leurs préoccupations, de leurs difficultés et de ce qu’elles considéraient comme les défis principaux auxquels elles devaient faire face.

La deuxième partie de la journée débutait par la présentation des expériences marocaines et algériennes qui venaient en écho aux préoccupations des tunisiennes, que ce soit par leur réussites ou leurs difficultés ; s’y ajoutèrent au cours du débat qui s’en suivit d’autres expériences de campagnes et de coalitions dont particulièrement celle du Kenya apportée par Ndanatsei Tawamba de l’UAF-A.
Sur la suggestion d’une participante, la dernière partie de la journée était dédiée à évaluer les points forts et les ressources existantes sur lesquels les associations pouvaient compter.
Le deuxième jour, les associations reprirent les défis listés la veille et en tenant compte des ressources existantes, elles se concentrèrent sur les priorités et la façon et les moyens de les aborder et en tirèrent les conclusions de l'atelier.


RESULTATS DE L’ATELIER

Les défis identifiés par les participant-es ont été classés par ordre de priorité. Ils touchent pour la plupart à la sensibilisation dans un contexte d’hostilité croissante vis-à-vis des femmes orchestrée par le mouvement salafiste avec la complicité du parti Nahda.

« Faire campagne pour une constitution égalitaire » a été retenu comme première priorité car la constitution de la Tunisie devrait être votée le 23 octobre 2012. Il est apparu que les autres défis seraient relevés en même temps. En effet, la campagne se déroulera dans un contexte d’insécurité et une certaine organisation devra être mise en place.
La façon de délivrer le message sera de grande importance car un texte comme la constitution est souvent incompréhensible pour la plupart des gens, il y aura donc un travail important de vulgarisation : l’approche des populations défavorisées des zones rurales en sera l’un des indicateurs. Ce travail commun, qui pourrait faire appel à des ressources extérieures pour la formation, sera aussi un moyen de renforcer les associations qui œuvrent pour les droits des femmes.


NOTRE CONCLUSION

Le défi est grand car les associations de femmes tunisiennes ont peu de temps pour s’organiser et faire une campagne efficace en ralliant à leur cause toutes les composantes démocratiques de la société civile. Si elles parviennent à travailler ensemble dans la même sérénité que lors de l'atelier, en mettant en commun leurs diverses compétences, elles peuvent créer une véritable force de proposition.
Le FFMed et l’ UAF-A ont assuré les participantes de leur soutien dans ce processus que ce soit au plan financier ou au plan organisationnel.

Outre la réussite majeure d’avoir offert aux associations un espace qui leur a permis de constituer une coordination, cette rencontre a confirmé la compétence du FFMed dans l'organisation d'ateliers de réflexion stratégique pour les femmes des différents pays de la Méditerranée.

Grâce à sa connaissance du terrain, à la confiance que lui accordent les associations de femmes, à sa capacité à faciliter le dialogue entre celles-ci mais aussi à mobiliser les ressources et les réseaux nécessaires pour la suite, le FFMed endosse avec souplesse ce rôle très particulier de charnière nécessaire à l’articulation collective des forces féministes existantes dans la région.